Vieillir en santé mentale par Bruno Fortin, psychologue
De la naissance à la mort, on vieillit tous les jours d'un jour. C'est inévitable.
Les changements importants dans nos vies nécessitent toujours des ajustements.
Lorsqu'il s'agit de changements importants comme la retraite, la perte de capacité ou la perte d'un être cher, nous pouvons traverser une période de désarroi.
Il est important à ce moment de rechercher toute l'information possible pour arriver à faire le point et à trouver un espace de réflexion.
1) Comprendre la détresse associée au changement
Nous avons l'impression qu'une menace plane au-dessus de notre tête.
L'importance de cette menace est associée à la crainte que nous n'arrivions plus à satisfaire nos besoins essentiels. Nous doutons de notre capacité de résoudre efficacement les différents problèmes de notre vie.
2) Éviter les pièges
Il est facile de tomber dans les pièges suivants : l'isolement, la froideur, l'évitement, la rigidité, le contrôle, la colère, l'agitation.
D'autres pièges sont associés aux situations difficiles : cesser ses efforts de façon prématurée, se croire impuissant sans que cela ne soit le cas, exiger que tout se déroule constamment selon ses désirs, renoncer pour toujours à tous ses
intérêts et à tous ses espoirs.
3) S'intéresser à ses images intérieures et à ses pensées
Certaines pensées sont excessivement sévères et autodestructrices. Elles sont rigides, n'admettent pas d'exceptions. Nous pensons en terme de tout ou rien, sans nuance (je suis le meilleur ou je ne vaux rien). Nous nous demandons l'impossible (je dois toujours être en forme à 100 %). Nous nous attendons constamment au pire (je deviendrai certainement un sans-abri). Nous faisons des généralisations excessives à partir d'un événement isolé ou d'un préjugé
(toutes les personnes âgées sont malades et déprimées). Nous avons avantage à apprendre à nuancer ces pensées et ces images.
4) Se préparer à poursuivre sa route
Nous pouvons avoir recours à plusieurs stratégies telles qu'évaluer l'effort et les risques, tenir compte de ses capacités, se préparer, apprendre ce dont nous aurons besoin, répartir l'effort dans le temps, être réaliste, rechercher
des modèles, s'amuser, tenir compte de son histoire, des pressions de l'entourage et de ses engagements, et faire les deuils nécessaires. Certains laissent le temps passer sans rien apprendre de leurs larmes, de leurs erreurs ou de leur souffrance. Ils se condamnent ainsi à revivre sans cesse les mêmes impasses, les mêmes frustrations et les mêmes désagréments. Vieillir en santé mentale, c'est profiter pleinement de chacune de ses expériences afin de développer:
Une relation positive avec soi-même
D'étranger à soi-même, nous devenons de plus en plus en contact avec l'essentiel de ce que nous sommes. Nous saurons mieux quand nous faire confiance. Nous pourrons nous rappeler nos bons coups et nos succès, et nous pardonner nos erreurs. Nous trouverons de nouvelles raisons de nous aimer. Vivre de plus en plus en accord avec nos valeurs nous évitera la culpabilité et la honte.
Des relations satisfaisantes avec autrui
Nous sommes tous d'éternels étudiants dans le domaine de l'amour. L'expérience de la vie amène toutefois à une meilleure capacité de comprendre l'autre et d'en tenir compte sans s'oublier. La capacité de s'engager évolue avec une meilleure compréhension des différentes options. Nous nous trouverons de nouvelles façons d'être intégré socialement. Il est réconfortant de pouvoir vieillir avec quelques vrais amis. En demeurant capable d'établir de nouveaux liens et de garder vivant toutes sortes de relations, nous éviterons la solitude.
Association canadienne pour la santé mentale